Nous sommes maintenant au XVIIème siècle. C’est l’heure des grandes réformes monastiques. La Congrégation de Saint-Maur étend progressivement son influence sur les monastères d’hommes. Un peu partout également surgissent des abbesses qui se montrent d’ardentes réformatrices.

Madame de Matignon, professe de l’Abbaye de Cordillon, arriva à l’Abbaye de Lisieux en 1669.

Quelques années plus tard, le monastère subit plusieurs désastres : l’effondrement d’un coin de l’église abbatiale en 1674, puis en 1683, l’écroulement du clocher. Celui-ci entraîna dans sa chute « trois voûtes », une qui était sur le Chœur et deux qui faisaient la croisée de l’église, sous lesquelles il y avait deux chapelles… Les trois cloches et l’orgue aussi furent détruits, ainsi que les stalles des religieuses et une partie du dortoir.

Madame de Matignon qui avait le goût des somptueux bâtiments fit raser tout ce qui restait des constructions du XIIème siècle, pour reconstruire, car elle avait conçu un plan de proportions grandioses. Pour financer ces ouvrages, qui coûtèrent fort cher, l’abbesse fit appel aux générosités. Mais, ces générosités, et d’autres encore, ne suffirent pas et il fallut recourir aux emprunts. Les travaux commencèrent vers 1684.

Madame de Matignon mourut en 1703 sans avoir achevé son œuvre et elle laissa à celle qui lui succéda une abbaye chargée de dettes…

Madame Pierrette-Marie de Culant, professe de l’Abbaye d’Almenesches, prit possession de sa charge en 1704. La nouvelle abbesse se trouvait en présence de lourdes charges ; elle se mit courageusement au travail. Elle acheva l’église, dont le dôme s’effondrera à nouveau quelques années plus tard, entraînant l’écroulement d’une partie du chœur ! Elle s’occupa d’achever le réfectoire et la salle de communauté, de relever les murs de clôture. Il restait peu de rente pour la vie quotidienne, à peine assez pour la nourriture, l’entretien, le linge…

Madame de Culant mourut en janvier 1747, regrettée de ses sœurs qui avaient apprécié en elle la restauratrice du couvent.

Elle fut remplacée par Madame Marie-Anne Le Roy de Valanglart, qui avait fait profession à Saint-Paul de Beauvais. La première tâche de la nouvelle abbesse était évidemment la réparation et l’achèvement de l’église dont il ne restait qu’un bâtiment de 100 pieds de long sur 64 de large. Les travaux furent confiés à un architecte lexovien, bâtiments et sculptures à des artisans de Caen, de Rouen… L’ensemble fut achevé le 7 août 1750. L’église fut ouverte au culte le 15 août, jour de l’Assomption, à l’occasion de la procession générale du vœu de Louis XIII. Le 15 août est demeuré le jour de la fête patronale de notre monastère.

Madame de Valanglart se démit en 1779 en faveur de Madame de Créqui. Elle mourut pleurée de la communauté qui fit d’elle cet éloge : « Pendant trente et un ans qu’elle fut à la tête de notre Abbaye, elle fut la mère de son troupeau et son modèle par sa foi, sa piété, son zèle pour l’observance, sa douceur et toutes sortes de vertus ». Comme Madame de Culant, elle fut inhumée dans le chœur des religieuses.