La Comtesse Lesceline se mit donc en quête d’un nouvel établissement. Avec l’appui de son fils Hugues, devenu Evêque de Lisieux, elle sollicita du Duc Guillaume (le Conquérant) une modeste terre, voisine de Lisieux, nommée Saint-Désir.

Cela se passait vers 1046... C’est donc à cette date qu’il faut placer les commencements de l’Abbaye lexovienne. Dès sa fondation, la communauté a été dédiée à « Notre-Dame de l’Epinay ». A Lisieux, l’Abbaye s’appellera « Notre-Dame du Pré », dénomination expliquée par la situation du monastère sur le cadastre.

C’est vraisemblablement l’Abbesse Godehuinde qui présida à la nouvelle installation.

Lesceline offrit le domaine de l’Epinay à l’Abbé de Fontenelle, qui ne l’accepta pas, puis à l’Abbé du Mont-Sainte-Catherine de Rouen, qui y envoya une petite colonie de moines, sous la direction du savant Aymard : telle fut l’origine de l’Abbaye bénédictine de Saint-Pierre-sur-Dives.

On conservait à l’Abbaye, dans un tube de fer, en deux exemplaires un peu différents, mais contemporains des événements, le texte de la Charte par laquelle Guillaume le Conquérant avait, en 1060, confirmé les principales donations : le Duc rappelait comment Hugues, Evêque de Lisieux, et sa mère Lesceline, avaient fait don du lieu qui est appelé Saint-Désir, placé dans un faubourg de Lisieux, pour y construire un monastère en l’honneur de la Sainte Mère de Dieu, Marie toujours Vierge, et de Saint-Désir. En plus de la terre offerte par l’Evêque Hugues et sa mère Lesceline, qui ne fut pas Abbesse, ces généreux donateurs avaient, en effet, doter l’Abbaye de biens considérables répartis dans la région : églises, labours, prés, terres cultivées, terres incultes, prés en friches ou forêts à défricher, bois, eaux et cours d’eau, pêcheries, moulins, lieux destinés ou aptes à l’établissement de moulins, etc… D’autres bienfaiteurs moins puissants avaient ajouté des donations plus modestes, afin d’assurer à leurs défunts et à eux-mêmes les prières des moniales.

De tous les bienfaiteurs, celui dont, avec Lesceline, les moniales rappelaient plus volontiers le souvenir, était l’Evêque de Lisieux, qu’elles finirent par regarder comme leur fondateur, au même titre que sa mère : « Hugues, notre Père, construisit cette Abbaye en l’honneur de Sainte Marie Notre-Dame. Là, il nous rassembla pour le service de Dieu, et, véritable père de famille, nous éleva, nous ses filles, dans la crainte du Seigneur. »

Après la mort de l’Abbesse Godehuinde, qui survint vraisemblablement en 1051, les moniales perdirent leur fondatrice Lesceline en 1057. La Comtesse, se sentant touchée par la maladie, reçut, avant de mourir, le voile des mains de son fils, Hugues, Evêque de Lisieux.

 

Lesceline n’a jamais été officiellement béatifiée mais proclamée telle par la « vox populi », ce qui arrivait souvent au Moyen-Âge : elle mourut « comme une sainte ».

Au cours de l’été 1077, Hugues, qui était déjà âgé, se trouva subitement malade alors qu’il faisait la visite de son Diocèse et il mourut sur le chemin du retour à Lisieux. Les chanoines de Lisieux souhaitaient l’inhumer solennellement dans la cathédrale mais les moniales, le considérant comme leur Père, souhaitaient que leur église soit son lieu de sépulture. Aussi, une discussion s’engagea-t-elle entre les moniales et le clergé diocésain et on dut se rendre, de part et d’autre, à la cour du Duc Guillaume, qui résidait à Rouen et qui donna raison aux religieuses ! Ce fut Gislebert, évêque d’Evreux, qui présida les funérailles. Il était accompagné de Robert de Ry, évêque de Séez, de plusieurs abbés et d’une foule considérable. Etait présent Robert, comte d’Eu et frère du défunt. On remarqua que la date de sépulture coïncidait avec celle de la Dédicace de l’église abbatiale. Le corps fut déposé sous les dalles du chœur.  Dans la pierre funéraire, on incrusta une lame de cuivre sur laquelle on grava un éloge du défunt. Après le désastre de 1944, ses restes furent déposés dans un petit cercueil ossuaire, avec ceux des abbesses inhumées dans l’église. Ils se trouvent maintenant dans notre cimetière de Valmont.